25.01.2006

Les abeilles démocrates

Philippe Meirieu, le directeur de l'IUFM de Lyon, écrivait dans Frankestein pédagogue qu'on n'avait jamais vu une abeille démocrate. Cette phrase a toujours marqué mon esprit depuis que je l'ai lue un matin de 1999. Je préparais le concours de la fonction publique, en ce temps-là. Philippe ne savait probablement pas à quel point il avait raison ni jusqu'où cette image inspirée pouvait illustrer la modernité.

Vous savez que je lis Rousseau dans mes moments cyniques et je me demande tout le temps si Jean-Jacques se doutait quelle hallucination collective il avait ébauché dans son esprit d'illuminé en pensant au contrat social.

La démocratie, c'est une véritable antithèse des pulsions animales. C'est probablement, et jusqu'à nouvel ordre, le projet le plus insensé de la civilisation humaine. A ce point dément que chaque seconde, dans le monde, un homme démontre l'impossible défi que constitue cette vision du règne humain.

Quand on lit les penseurs grecs, on se demande même si ce n'est pas la plus grande billevesée de toute la création.

Toujours est-il qu'il n'y a pas, finalement, de pire ennemi de la démocratie que la bête politique elle-même. En y réfléchissant bien (je veux dire sans émotion) comment peux-t-on sérieusement envisager qu'un homme qui aspire à diriger ses concitoyens, à détenir du pouvoir dans ses petites mains, à prendre des décisions à la place de centaines de personnes, comment penser qu'il admette de lui-même remettre sa place en jeu, partager son influence, porter le flanc à l'opinion publique ?

Il faudrait des kilomètres de pages noircies pour décrire toutes les atteintes à la volonté du peuple que les hommes politiques commettent chaque année. Déni de consultation populaire, traficottage des conditions de vote, rétention d'informations, mensonges éhontés. Les moyens sont nombreux, qui plus est légaux. Sur le fil, certes, mais légaux tout de même.

L'abeille n'est pas une démocrate, elle n'en certainement pas malheureuse pour autant.

Nous ne sommes pas des abeilles, c'est là tout le problème. 

Commentaires

Oh là, oh là, bien sûr qu'une femme peut penser, d'ailleurs, mon opinion est que les femmes pensent nettement mieux que les hommes - ce qui est l'une des causes principales du machisme dans le monde, mais c'est un débat trop long pour être abordé en commentaire...

Merci pour le lien sur ton blog, ça fait chaud au coeur. Pour le portrait, c'était très ironique, bien sûr...

Ecrit par : Spaspiff | 30.01.2006

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