31.01.2006
Le blog d'Alain Juppé
J'inaugure une première série de notes à thème : les blogs des hommes politiques. La radio annonçait ce matin que le principe attire beaucoup de politiciens, principalement des hommes et femmes de droite (UMP et UDF). Donc, pour respecter la tendance, j'attaque avec une analyse d'un blog qui me semble parmi les premiers arrivés et les plus sérieusement organisés.
La première impression est très sobre. Un portrait très "Force tranquille" d'Alain Juppé semble nous inviter à la réserve et indique d'emblée que les choses sont sérieuses. Je ne peux pourtant pas manquer le petit air pincé de Juppé sur la photo. Comme une forme cachée d'amertume, de fatalisme. On ne peut pas oublier qu'Alain Juppé a été condamné pour le financement frauduleux du RPR et qu'il s'est exilé au Québec en attendant de redevenir éligible.
Le blog présente deux formes de notes : des réflexions axées sur le politique et des anecdotes naïves sur son quotidien. Je cite : "Le thermomètre joue du yoyo: certains jours, il passe très sensiblement au dessus des moyennes saisonnières (= au dessus de 0°C), et puis, sans transition, plonge dans le "rouge" [...] La batterie de ma voiture, qui couche dehors, m'a lâché !" C'est beau comme du Tibéri. Alain nous manque tant !
Sur certaines pages, le ton est tout autre. Ca tape dans l'analyse macro-économique, dans la réflexion structurelle, dans l'interrogation rhétorique. On ne plaisante plus, la batterie de la bagnole peut exploser, on s'en fout totalement, on parle du grand destin d'une grande nation, là. Et ce qui me frappe peut-être le plus, c'est que le langage utilisé est loin d'être accessible à tous. Des nombreuses pages dans les catégories "Propositions" ou "Réflexions" sonnent comme des discours politiques. Et là, le problème revient : j'en ai marre du baratin. Parler des institutions, des problèmes structurels, ça me gonfle. Il faut voir aussi les commentaires qui suivent le texte : longs comme le Nil, touffus à n'en plus finir. Ah, il inspire, le Juppé ! C'est chiant ! D'ailleurs, il n'y a aucun commentaire un peu léger. C'est louche.
Enfin, on dirait qu'Alain Juppé, il est tout neuf, sorti des neiges d'hier, qu'il n'a aucun passé politique. Il a été Premier Ministre, non ? Il en a prises plein, des décisions qui se sont révélées catastrophiques, non ? Tiens, de mémoire, la TVA à 20,6 % (avant que le gouvernement Jospin ne la baisse d'un point), c'est lui. Si ce genre d'idées, c'est pas de la connerie en barre...
Bref, quand on lit Juppé, il a de vrais grands beaux projets pour la France. Et ça, honnêtement, ça fait vraiment peur...
15:00 Publié dans Pas trop net | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
4 X 4
Il a neigé sur tout le sud de la France et nous sommes nombreux à avoir eu la voiture bloquée ou une panne générale d'électricité ou des difficultés pour sortir de chez soi. Mais, certains de nos concitoyens ont pu, finalement, faire les fiers à bras, quand, le reste de l'année, ils doivent supporter les quolibets et les critiques acerbes.
Il s'agit de nos amis les proprios de 4 x 4. Ah, là, ils étaient fiers au volant de leur demi-camion qui roule vingt centimètres plus haut que tout le monde, on les a vus circuler pépères sur les plaques de neige et le verglas, doubler les autres enfoncés dans le fossé ou plantés en travers de la route ! J'ai même eu l'impression qu'ils nous tiraient la langue et nous faisaient des pieds de nez. A nous, les nazes !
Reste que ces prouteux polluent la planète, encombrent les centre-villes, bombent sur les routes inutilement. Ce n'est pas UN jour dans l'année où l'utilisation d'un 4 x 4 pourrait, à la rigueur, se justifier (et encore !) qui me fera changer d'avis sur cette aberration sans nom.
Pour clore le sujet, ils ont fugitivement parlé à la radio -bien entendu !- de collectifs de citoyens qui faisaient des sorties commando pour dégonfler les pneus des encombreurs de rue pendant la nuit en laissant sur le pare-brise une petite note explicite. "Vous allez vous trouver dégonflé ce matin. C'est parce qu'on vous trouve gonflé d'avoir une telle voiture en ville. Vous polluez et vous encombrez sans raison." Inoffensif, efficace, parfait !
A bon entendeur...
09:00 Publié dans Mercantilisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30.01.2006
Le corps créateur
"Le corps créateur a formé l'esprit à son usage pour être la main de son vouloir."
Nietzsche
16:25 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Hécitations
27.01.2006
Le premier ministre lit-il "L'antiverrou" ?
Dominique (on se tutoie sur les blogs, c'est la règle), j'ai cherché ton blog sur la toile et je ne l'ai pas trouvé. Peut-être est-ce juste par manque de temps. Je te trouve effectivement un peu stressé en ce moment. Tu fais un peu tout dans l'urgence (l'état, les textes, etc.)
J'ai entendu hier que tu avais décidé de faire sauter les verrous de la société française. J'en suis parfaitement aise. Je tiens tout d'abord à te remercier pour ce coup de pouce envers mon blog, c'est super sympa ! Ensuite, puisque tu en parles, j'ai quelques idées décidées publiées sur ce site qui pourraient t'inspirer pour atteindre ton objectif.
Et si tu manques encore de projets, permets-moi de te faire quelques proposition vite fait : supprimer la TVA, impôt très injuste tout en révisant les paliers de l'impôt sur les revenus en faveur notamment des moins riches ; organiser le prélèvement de l'impôt à la source (j'avoue que j'ai un peu copié sur d'autres pays qui le font déjà) ; obliger les élus et notables nationaux à payer leurs factures courantes comme l'eau, l'électricité et le gaz, ça leur fera du bien de toucher la réalité du doigt ; ponctionner fortement les grands groupes pétroliers et financer avec la recherche en faveur d'énergies propres et renouvelables.
Voilà, Dominique, si tu me lis, je sais que tu prendras en compte ces quelques suggestions. Si tu as besoin d'autres propositions, tu peux compter sur moi. J'ai aussi des potes qui sont prêts à nous aider.
Un dernier petit conseil pour la route : fais péter le verrou de ton langage, on a souvent du mal à te comprendre...
15:30 Publié dans Petits plaisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.01.2006
Le mensonge au pénal
Parmi tout ce qui me choque dans le quotidien politique de notre société, il y a une faute gravissime à mes yeux qui reste pourtant impunie. Le mensonge. Je ne comprends décidément pas par quelle magie nous excusons à nos hommes politiques de nous mentir tous les jours en nous regardant droit dans les yeux.
On punit les enfants qui mentent. On isole les adultes qui mentent. On condamne les témoins qui mentent.
Mentir à la population quand on détient un mandat électif, c'est autrement plus problématique. Mais non, comme pour les politiciens qui volent, qui sont punis par les tribunaux, on les excuse, on les réélit, on les plébiscite. On oublit tout.
Croyez-moi, tous les jours, j'entends des mensonges dans la bouche de nos hommes politiques. Sans parler des contre-vérités, des compromissions à la règle, des petits arrangements entre amis, etc. Je sais que ce discours sonne comme celui d'un anarchiste ou d'un vieux con cynique, mais le mensonge en politique, ça semble aussi naturel à tous que le journée de 24 heures.
Si on décidait d'inscrire le mensonge public dans les infractions du Code Pénal, ça changerait le paysage politique.
07:25 Publié dans Idées décidées | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.01.2006
Les abeilles démocrates
Philippe Meirieu, le directeur de l'IUFM de Lyon, écrivait dans Frankestein pédagogue qu'on n'avait jamais vu une abeille démocrate. Cette phrase a toujours marqué mon esprit depuis que je l'ai lue un matin de 1999. Je préparais le concours de la fonction publique, en ce temps-là. Philippe ne savait probablement pas à quel point il avait raison ni jusqu'où cette image inspirée pouvait illustrer la modernité.
Vous savez que je lis Rousseau dans mes moments cyniques et je me demande tout le temps si Jean-Jacques se doutait quelle hallucination collective il avait ébauché dans son esprit d'illuminé en pensant au contrat social.
La démocratie, c'est une véritable antithèse des pulsions animales. C'est probablement, et jusqu'à nouvel ordre, le projet le plus insensé de la civilisation humaine. A ce point dément que chaque seconde, dans le monde, un homme démontre l'impossible défi que constitue cette vision du règne humain.
Quand on lit les penseurs grecs, on se demande même si ce n'est pas la plus grande billevesée de toute la création.
Toujours est-il qu'il n'y a pas, finalement, de pire ennemi de la démocratie que la bête politique elle-même. En y réfléchissant bien (je veux dire sans émotion) comment peux-t-on sérieusement envisager qu'un homme qui aspire à diriger ses concitoyens, à détenir du pouvoir dans ses petites mains, à prendre des décisions à la place de centaines de personnes, comment penser qu'il admette de lui-même remettre sa place en jeu, partager son influence, porter le flanc à l'opinion publique ?
Il faudrait des kilomètres de pages noircies pour décrire toutes les atteintes à la volonté du peuple que les hommes politiques commettent chaque année. Déni de consultation populaire, traficottage des conditions de vote, rétention d'informations, mensonges éhontés. Les moyens sont nombreux, qui plus est légaux. Sur le fil, certes, mais légaux tout de même.
L'abeille n'est pas une démocrate, elle n'en certainement pas malheureuse pour autant.
Nous ne sommes pas des abeilles, c'est là tout le problème.
11:28 Publié dans Une époque formidable | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.01.2006
Raconter des histoires
"A quoi bon raconter des histoires, si soi-même l'on est devenu semblable à une histoire monotone et sans grâce ?"
Christian BOBIN
15:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hécitations
18.01.2006
Education machin
IL FAUT ECO-NO-MI-SER !
Si, depuis qu'on vous le serine, vous ne l'avez pas compris, c'est que vous êtes proprement irrécupérable pour la société. Parole ! Il faut réduire le train de vie de l'Etat. Tout citoyen penserait voitures avec chauffeur, réceptions fastueuses, voyages privés payés par l'argent public, etc. Non, non et non. Vous n'y êtes pas. On dépense trop dans l'éducation. Bien sûr.
Cette entreprise humaine qu'est la formation des jeunes engage trop de dépenses comparé aux bénéfices qu'elle rapporte. D'ailleurs, elle ne rapporte rien si on y pense bien. C'est juste une usine à chomeurs. Alors, après des mois d'audit, Copé a lâché le morceau : il faut réduire les dépenses d'examens. Pour commencer. Grosse surprise ! Evaluer les connaissances des enfants en fin de scolarité, ça coûte vraiment trop. Pensez donc : les candidats ont leurs frais payés, les jurys se font des gueuletons tous les soirs aux frais de la princesse, les correcteurs sont royalement rémunérés pour leur travail...
Sérieusement, de qui se fout-on ? L'éducation, que les choses soient claires, ne doit pas être rentable. C'est une organisation philanthropique à fonds perdus. Point.
09:27 Publié dans Education pour tous | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
12.01.2006
Les hochets de la république
On sait depuis des lustres que les hommes sont toujours des enfants. Ils aiment, à tout âge, s'entourer de joujoux qui les rassurent, les font exister et ce monde mercantilissime ne risque pas de les détromper. Comme pour les enfants, ces babioles ludiques qui chatouillent le complexe d'infériorité sont aussi de redoutables armes de dissuasion. Tout parent sait quel moyen de pression un objet convoité, chéri, vénéré peut devenir pour obtenir ce qu'on attend de son bambin.
Il en va de même pour les personnalités de la république. D'ailleurs, ironie, c'est un empereur qui nous a légué le principe à travers les multiples médailles de pacotille qu'ils sont des centaines à recevoir chaque année. Napoléon était certes mégalo mais il était lucide. C'était sa pire qualité. La légion d'honneur, c'est le sucre d'orge des esprits serviles. Et j'entends d'ici les voix des résistants, des courageux, des méritants gronder pour fustiger cette opinion. Mon grand-père fut déporté à la dernière guerre, il put s'évader et rentrer à Paris. A la libération, il fut proposé pour la croix de la résistance, qu'il refusa, et la légion d'honneur, qu'il refusa. C'étaient des breloques à ses yeux. Il n'y avait pas de plus grande récompense pour ses actes que de voir sa famille vivante et son pays libéré.
Ces temps sont décidément très loin. Le 4 janvier, pour la première fois de l'histoire de France, le Garde Sceaux, Pascal Clément, sot lui-même, a décoré des magistrats et un juge pour la conduite de l'affaire de pédophilie d'Angers. Des décorations doublement inédites. Le ministre a honoré un fait singulier et non une carrière, comme c'est la coutume. Mais il a implicitement avoué la volonté de mainmise sur l'appareil judiciaire. Un joli verrou, en vérité, véritable secret de Polichinelle, quand tous les hommes politiques prônent hypocritement l'indépendance de la justice. Ah, ces hochets avec lesquels on mène les hommes.
J'aurais été de ces hommes de loi, j'aurai réfusé tout net, parole !
14:00 Publié dans Une époque formidable | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Bande de fils de pub !
Le monde est ainsi fait que les actions essentielles sont les moins visibles. Pourtant, certaines percent la grisaille du quotidien. Je veux parler des casseurs de pub. Régulièrement, les membres actifs des mouvements anti pub détournent, barbouillent, agissent pour que notre champ visuel ne soit plus une immensité de réclame.
Chaque mois, chaque semaine, ils portent atteinte à la vague incessante de panneaux publicitaires omniprésents autour de nous. Chaque mois, chaque semaine, le Collectif des Déboulonneurs pratique "la désobéissance civile contre le système publicitaire." Et comble du comble, ils réclament d'être mis en examen pour que le débat soit porté sur la place publique.
La justice n'est vraiment plus ce qu'elle devrait !
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