18.02.2006

Par dessus mon épaule

La suspension de Garfieldd de ses fonctions de chef d'établissement pour un an (dont six mois avec sursis) en lieu et place de sa révocation prononcée initialement n'est ni un soulagement ni une conclusion satisfaisante du débat. D'ailleurs, le débat continue sur les blogs. Le seul aspect qui m'intéresse encore est la responsabilité de l'auteur de blog et les implications dans sa vie professionnelle.

Lors d'une conférence le mois dernier sur la judiciarisation de ma profession, l'intervenant a évoqué l'absence monumentale de jurisprudence pour définir les contours juridiques des blogs. Le procès entre la mairie de Puteaux et le site Monputeaux.com va certainement, si les juges font leur travail, ouvrir le débat des responsabilités juridiques. Car on ne sait comment qualifier juridiquement le contenu des millions de blogs. La mairie de Puteaux attaque le site (ainsi que le journal Le Parisien) pour diffamation. Doit-on considérer le blog comme un média d'information ? Doit-on le pénaliser quand il n'a fait que répercuter un article publié officiellement dans un journal à tirage national ? Si j'insulte directement une personne publique ou privée, je suis coupable, si j'accuse sans preuves, je suis coupable, si je me fais l'écho d'un article de presse, d'une émission de télévision, suis-je coupable quand je n'ai pas les moyens de vérifier les sources du média initial ? S'il se pose une véritable question déontologique pour la profession journalistique, réclamer à chaque auteur de blog de vérifier ses sources n'est absolument pas envisageable. Une éventuelle condamnation du site Monputeaux signifiera alors qu'on ne peut reproduire librement des informations diffusées par d'autres médias sans risquer une attaque juridique.

Et là se pose la question des conséquences professionnelles. Quand on est fonctionnaire, une condamnation peut signifier une mise à pied voire une lourde sanction administrative pouvant aller jusqu'à la révocation. Ils sont donc moins libres que les autres de s'exprimer. Je reconnaîs volontiers qu'un droit de réserve certain doit s'appliquer, notamment en terme de moralité, mais leurs écrits, s'ils les engagent comme tous les citoyens dans leur responsabilité civile, ils ne doivent pas les engager dans leurs responsabilités professionnelles. Ou alors, c'est une forme pernitieuse de censure administrative. Si je suis employé de l'Administration Pénitentiaire ou des Impôts, ou de l'Education Nationale, je dois pouvoir exprimer ce que je pense de mon ministre, mon gouvernement, mon député, mon maire sans que cela remette en cause mon intégrité professionnelle. Garfieldd n'a rien fait d'illégal, d'immoral, de contraire à sa fonction. Quelqu'un a juste regardé par dessus son épaule et jugé que ses propos n'étaient pas convenables.

Il y a maintenant toujours quelqu'un qui regarde par dessus notre épaule. C'est vrai que c'est une sensation bizarre...

Ecrire un commentaire