17.02.2006

La globalisation des emmerdes

La doctrine libérale de globalisation des échanges est une invention aussi géniale que l'invention de Dieu. Sérieusement. Sa mise en oeuvre est tellement puissante qu'elle touche également les emmerdes. J'explique.

Sans parti pris, relevons les dernières emmerdes subies par notre civilisation (parmi tant d'autres) : pollution par l'Erika, virus H5N1, vaches folles, Chikungunya à la Réunion, AZF, été caniculaire en 2002, taux de chômage record, inondations chroniques, violence dans les banlieues. J'en passe des tonnes.

Toutes ces catastrophes humaines, écologiques, économiques, sanitaires ont un point commun à la source. Elles sont le fruit de la doctrine de mondialisation des échanges. Sans rire. Beaucoup d'entre vous vont me dire que j'abuse gravement, que j'extrapole, que je charge les libéraux de tous les maux de la Terre. Mais je persiste et je signe : la dérégulation des économies et ses conséquences sur la planète, l'agriculture, l'élevage, l'industrie, les conditions de vie sont une évidence. Il est clair à mes yeux que la libéralisation des échanges commerciaux met l'existence de l'Homme sur Terre en grave danger.

C'est clairement la globalisation des emmerdes.

La fin de la mondialisation

Il y avait, hier matin à la radio, une rapide chronique sur un auteur qui vient d'écrire un livre sur la fin de la mondialisation. Un auteur canadien. Je ne retrouve pas le nom. Cet homme annonce, dans son bouquin, que la globalisation était une doctrine intellectuelle mise en oeuvre par une élite technocratique dans les années 80 pour remplacer les idéologies Keynésiennes et Marxistes vieillissantes. Jusque là, pas de problème, c'est non seulement la légende répandue mais aussi la réalité de la propagation du libéralisme sur Terre.

Mais l'auteur déclare également que le processus de globalisation touche à sa fin et ce, pour plusieurs raisons : l'utilisation de la technologie, initialement libératrice, pour rebâtir des murs (il fait référence à Google et Yahoo et la censure chinoise), l'émergence de comportements économiques inattendus des pays d'Amérique Latine (Bolivie et Argentine, principalement), l'indécision chronique de l'Europe et son incapacité à se déterminer politiquement pour un avenir économique précis et la crispation idéologique des Etats-Unis, plus focalisés sur le sujet sécuritaire que jamais dans l'Histoire.

Bon. Dont acte.

16.02.2006

Les prochains journalistes tissent la toile [maj]

Cet article a été mis à jour.

J'ai un peu de temps, c'est l'occasion de revenir sur la notion de journalisme citoyen évoqué dans ma note sur le blog de Chirac. Pour situer la discussion : Jean Véronis, sur son site consacré sur les technologies du langage, considère la blogosphère comme l'embryon d'une nouvelle forme de journalisme. Le développement extraordinairement rapide des blogs sur la toile traduit un engouement populaire, en dehors de toute considération du contenu, pour investir un nouvel espace d'expression libre. Considérons, sans trop de risque, que tous les auteurs n'ont pas grand chose à dire de passionnant (cette analyse est bien sûr très subjective). Mais considérons aussi que nous sommes nombreux à vouloir nous exprimer.

Dans un parallèle audacieux, les blogs se rapprochent du mouvement taggeur (dans le sens artistique du terme, à savoir, celui des graphes). J'ai toujours considéré que les personnes qui s'exprimaient sur les supports communautaires (murs, portes métalliques, etc.) manquaient intrinsèquement d'espace d'expression. Ce sont plus des frustrés que des délinquants graphiques. L'existence des blogs relève, à mes yeux, de la même logique.

Pour en revenir à la réflexion de Véronis sur l'émergence d'un journalisme citoyen à travers ces millions de blogs, il manque une donnée fondamentale pour que ce média d'information gagne ses lettres d'or. La structuration. Les blogs souffrent de deux tares initiales : la circulation circulaire de l'information, prise majoritairement dans des sources professionnelles pas toujours indépendantes (AFP, Reuters, sites de journaux...) et relayée les uns par les autres dans une ronde infernale ; et l'absence de toute édition (c'est-à-dire révision) du propos.

On envisage alors la prochaine étape du développement des blogs comme média populaire d'information : des compilations de textes issus des blogs avec une équipe chargée de la ligne éditoriale. On n'échappera pas à la partialité, mais le journalisme peut-il être impartial ? On n'échappera pas aux tentatives de contrôles, mais la toile n'est-elle pas par nature un espace assez incontrôlable ?

Je rejoins la vision de Jean Véronis, mais je modère mes ardeurs par un attentisme serein d'une prochaine struturation de la blogosphère à travers des courants éditoriaux raisonnés. Et alors, nous parlerons de journalisme citoyen.

[maj] Une première ébauche de structure de cette nouvelle forme de journalisme peut être vue sur le site AgoraVox, qui se veut un média où chaque citoyen est un reporter potentiel. La ligne éditoriale est clairement définie et garantie par un comité de rédaction qui filtre et valide les articles proposés par les rédacteurs inscrits. L'objectif d'AgoraVox est de rendre compte d'événements passés inaperçus ou faiblement couverts dans les médias traditionnels. Il y a donc clairement une volonté de rester dans le factuel, certainement pour éviter toute orientation politique ou religieuse (sans parler de neutralité, bien sûr, la forme trahit toujours les convictions de son auteur) AgoraVox est un premier embryon. Restera-t-il confidentiel ? [16.02.06]