01.12.2008
Je vais trop vite
Après quelques échanges de grenaille nourris avec les petits bas de plafond de ce site, l'un des blogueurs, convoqué par les autres pour formuler une critique construite, a finalement tapé au bon endroit en toute connaissance de cause : l'ego. Selon lui, ce n'est que sous la direction de mon "égo boursouflé" que je tente de m'opposer au discours homophobe et phallocrate des adeptes de la droite extrême.
Si la critique ne me touche pas venant de citoyens qui parasitent la République en siphonant sa liberté d'expression pour déverser leur bile raciste, le questionnement reste entier. Ainsi, j'ai un ego surdimensionné. C'est probable. Du moins, j'aimerais l'analyser ainsi : de l'extérieur, ça en a tout l'air. Mais la problématique est, je crois, toute autre. Ce que nous appelons boursouflure de l'ego est souvent la manifestation de l'ambition ou d'un complexe d'infériorité qui s'exprime par la volonté de maîtriser son environnement. Donc par une accumulation exacerbée du maximum de savoir et la peur d'être "sec" en société ou professionnellement.
Et là, c'est dans le mille. Autant, je ne me reconnais pas dans la critique d'un ego trop grand, ce qui signifierait que je me crois "supérieur" à mes semblables, autant je reconnais les travers d'une ambition trop vive et les stigmates d'un complexe d'infériorité ponctuellement ravivé. La critique est récidivante. Je vois bien, professionnellement, que je me heurte à des sensibilités froissées et l'éclairage apporté en début de carrière par un chef de service qui savait de quoi il parlait en matière d'ambition ne cesse de me coller à la peau : je vais trop vite.
Ce défaut, qui pourrait ne pas en être un, est, lui-même, insolent dans son énoncé. Vous pourriez comprendre : je suis trop rapide pour vous; alors qu'il faudrait entendre : je ne prends pas le temps nécessaire pour ménager toutes les compétences. Combien de fois ai-je initié, dégrossi, structuré, mené, satellisé un projet professionnel utile autour de moi sans prendre garde aux susceptibilités de mes collègues. Je me sens l'âme d'un meneur depuis la fin de ma scolarité mais il est maintenant évident que je ne suis pas un meneur d'homme : je suis certainement voué à tracer seul dans mon carré. Et cette solitude avérée (je n'étais pas populaire à l'école et je ne le suis toujours pas au travail) vient de ma volonté de débroussailler le terrain qui m'entoure. Tout le temps. Je veux éclaircir mon pré tout le temps. Longtemps, j'ai cru que j'avais un destin, non pas grandiose de rock star ou d'homme politique, mais un destin d'éclaireur, de ceux qui font avancer la raison et la connaissance. Je sais maintenant que le monde est renonciation et renoncements.
Je "vois" des choses à entreprendre, des domaines à agrandir, des routes à ouvrir pour notre civilisation. Je "sens" ce que pourrait être demain, non pas techniquement mais moralement, humainement, ethniquement. Je sais que je n'ai pas choisi le bon milieu, enfermé intellectuellement dans un univers professionnel qui devrait pousser les murs mais qui m'étouffe par son anémie et son anomie. Je suis enquisté par ma peur de remettre en cause mon confort professionnel et ma garantie de salaire (bien modeste au demeurant). J'ai 36 ans, c'est le moment, le temps file, je suis dans la période de l'action, j'ai peur de manquer mon tour, j'ai peur de rater ma chance, je suis comme vous tous mais je ne peux me résoudre à attendre qu'on veuille bien démarrer autour de moi.
Alors, je vais trop vite.
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18.02.2006
1 + 1 = 0
Un plus un égale zéro. C'est l'équation de l'Homme moderne.
Notre civilisation (dont l'objectif est la pérennisation de l'espèce, rappelons-le) est une somme d'affrontements basiques dont la résultante est l'anéantissement de ses éléments. Le regroupement d'êtres humains relève davantage du réflexe mécanique ou de contraintes géographiques que de la nécessaire volonté de bâtir un avenir commun. La présence des hommes dans une même zone géographique est plus un aggrégat d'existences parallèles qu'il faut gérer qu'un projet partagé de vie en communauté.
De par notre nature, il devrait être originalement inconcevable de vouloir perpétrer un pouvoir continuel sur ses congénères sous forme de brimades, contrariétés, aliénations. Une fois admise l'appartenance identitaire à la même espèce, il n'y pas de pouvoir possible entre deux entités humaines. L'homme que tu menaces de mettre dehors parce qu'il a dix jours de retard sur son loyer, ce n'est pas ton ennemi, c'est ton frère ! Comment peux-tu imaginer lui faire ça ?
C'est maintenant un système d'oppositions qui nous régit, quand, à l'origine, il s'agissait de solidarité dans un environnement hostile. Nous sommes devenus les prédateurs de notre propre jungle. Nous ne craignons plus rien, pas même notre propre extinction.
Nous sommes des Dieux, et comme l'autre, nous le paierons.
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17.02.2006
La globalisation des emmerdes
La doctrine libérale de globalisation des échanges est une invention aussi géniale que l'invention de Dieu. Sérieusement. Sa mise en oeuvre est tellement puissante qu'elle touche également les emmerdes. J'explique.
Sans parti pris, relevons les dernières emmerdes subies par notre civilisation (parmi tant d'autres) : pollution par l'Erika, virus H5N1, vaches folles, Chikungunya à la Réunion, AZF, été caniculaire en 2002, taux de chômage record, inondations chroniques, violence dans les banlieues. J'en passe des tonnes.
Toutes ces catastrophes humaines, écologiques, économiques, sanitaires ont un point commun à la source. Elles sont le fruit de la doctrine de mondialisation des échanges. Sans rire. Beaucoup d'entre vous vont me dire que j'abuse gravement, que j'extrapole, que je charge les libéraux de tous les maux de la Terre. Mais je persiste et je signe : la dérégulation des économies et ses conséquences sur la planète, l'agriculture, l'élevage, l'industrie, les conditions de vie sont une évidence. Il est clair à mes yeux que la libéralisation des échanges commerciaux met l'existence de l'Homme sur Terre en grave danger.
C'est clairement la globalisation des emmerdes.
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10.02.2006
La république des Bernard-l'hermite
En pensant au livre de Dolto Le complexe du homard. Le phénomène de repli sur soi gagne du terrain. Ce n'est pas véritablement une individualisation du quotidien; nous continuons à intéragir avec les autres. Ce serait plutôt un délitement caractérisé de la notion de collectivité. De moins en moins de gens semblent porter intérêt au concept de communauté. Un effacement progressif et soutenu du contrat social. Quand j'étudiais un peu de sociologie à la fac, nous avions parlé de l'absence de notion fédérative, transcendentale dans la société depuis l'abandon de la foi religieuse comme épine dorsale de l'Etat (donc 1905). Est-ce vrai ? N'y a-t-il plus rien de sacré pour nous unir ?
Les commandements catholiques disaient à tous que spolier les autres était mal. Ca n'empêchait pas certains prélâts à s'en donner à coeur joie. Mais il y avait, semble-t-il, une idée qui traversait les esprits : il fallait respecter son prochain. Oh, je ne regrette pas la séparation de l'Eglise et de l'Etat, bien au contraire (le blasphème n'est plus un crime), je ne regrette pas la réduction permanente de la bigotterie dans la pensée populaire. Mais il manque quelque chose pour nous fédérer, quelque chose de plus fort que la colère (qui d'ailleurs ne nous réunit toujours pas), plus fort que le ras-le-bol ambiant, plus fort que l'opposition idéologique à une doctrine économique esclavagiste.
Nous devrions nous rendre compte que notre civilisation va bientôt disparaître. Est-ce ce que les égyptiens, mayas, incas ont manqué de se dire ? Nous allons imploser, écrasés par nos propres barbares, enflés par notre propre arrogance et solitude. Ainsi s'achèvera la République des Bernard-l'Hermite.
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07.02.2006
Le souffle de l'invisible
Aujourd'hui, "il y a du brouillard givrant sur tout le Sud-Ouest" a dit Joël Collado quand Pascal Paoli lui a dit : "Quel temps fait-il, aujourd'hui, Joël Collado ?" Y'a pas à dire, France Inter, c'est palpitant à 7h00 du mat'. J'ai cessé d'aimer Paoli le jour où un auditeur, qui avait contourné le filtrage du standard, lui a posé la question sur ses activités extra-journalistiques : "Faire des ménages (c'est-à-dire animer des opérations commerciales), c'est considéré comme incompatible avec le métier de journaliste par votre ordre professionnel. Vous en pensez quoi ?" Et là, Paoli, qui se targue d'avoir souvent réponse à tout, il s'est pris les pieds dans le tapis de son studio de Radio France et, comme tous ceux qui ont des scrupules maquillés en certitudes, il a répondu à côté de la plaque avant de botter en touche dans les 22.
Donc, il y a du brouillard sur la campagne, ce matin. Ca me rappelle le film "Lancelot" à propos de la quête du Graal. Il y a une scène dans laquelle Merlin invoque les forces de la nature. Arrive alors le brouillard pour aider un personnage à traverser une vallée. La métaphore m'est restée depuis que je suis ado. Ce fut probablement le début de ma conversion à l'animisme. Je suis descendu au boulot, dans ma voiture entourée de brouillard, et je me demandais vers quel Graal ma journée m'emmenait. Le brouillard, c'est le souffle de l'invisible. C'est la respiration de la planète. Les plantes, le sol, respirent, comme nous, tout le temps. On l'oublie.
Mais aujourd'hui, on le voit. Et ça, c'est assez magique.
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06.02.2006
Autopsie du verrou
Après un mois d'existence de ce blog, je me rends compte que je n'ai jamais pris réellement le temps de réfléchir sur la notion de "verrou".
Un verrou, qu'est-ce ? Un blocage. Une fermeture. Une protection.
La civilisation est un verrou. La société est basée sur des verrous. Vivre ensemble, c'est se donner des lois pour définir l'inacceptable. Etre autonome, c'est avoir bride sur soi. Les verrous sont partout.
De quoi sont-ils faits ? D'une structure qui se fixe sur l'objet à verrouiller et d'un loquet central qui assure la fermeture. Toujours.
Puis il y a le code.
Celui qui a le code est le maître du verrou.
L'ère moderne a défini de nouveaux verrous dans la pensée.
Ce site est consacré à en chercher les codes.
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