09.12.2008

L'oreille de Nicolas

Nicolas Sarkozy l'avait dit : il sera à l'écoute des français. D'ailleurs, l'ambiance était déjà claire lors des précédents gouvernements. Qui a oublié que nous étions invités à dénoncer les immigrés qui habitaient dans nos immeubles ? Les méthodes utilisées par la police pour rafler les sans-papiers dans les café et devant les écoles ne laissent non plus aucun doute sur le "logiciel" - comme on dit maintenant - du gouvernement et, en particulier, des services de Brice Hortefeux.

Depuis quelques mois, maintenant, des témoignages remontent de personnels de services publics qui ont droit à une convocation ou une enquête administrative parce qu'un usager a écrit directement à l'Elysée pour les dénoncer.

 

Quelques exemples :

- Dénonciation d'une enseignante pour avoir affiché le portrait du président de façon inadaptée

- Dans l'académie de Toulouse, une enseignante a été convoquée à l'Inspection Académique pour expliquer des paroles qu'elle avait tenue à des lycéens un jour de grève.

25.05.2007

Menace terroriste à Villeneuve sur Lot ?

Le juge Bruguière, zorro national contre la menace terroriste, se présente aux législatives dans la circonscription de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) pour l'UMP. L'info était encore sur les ondes de France Info, canal officiel, ce matin.

 

Or, ce que la radio n'a pas dit - on se demande bien sûr pourquoi - c'est que sa candidature n'est pas légale. Il est interdit à tout magistrat, par le code électoral, de briguer un mandat sur sa juridiction. Afin d'éviter tout conflit d'intérêt ou manoeuvre judiciaire, ambiguïté juridique ou abus de pouvoir. C'est compréhensible, c'est légitime, c'est moral. Le juge Bruguière a autorité sur le territoire national complet. Donc, il ne peut se présenter à aucune élection, sauf en démissionnant de ses fonctions juridiques. 

 

Ce détail crucial a été relevé par "Le Canard Enchaîné" il y a plusieurs mois. La candidature a été contestée par le candidat PS sur le circonscription, Jérôme Cahuzac. Malgré l'évident conflit d'intérêt qui va résulter d'une éventuelle élection de Jean-Louis Bruguière, le préfet de Lot-et-Garonne a validé la candidature. Pierre Girard-Hautbout, candidat dissident de l'UMP, a déposé une requête auprès du tribunal administratif qui vient de rejeter sa demande d'annulation de la décision préfectorale. La balle est donc dans le camp du Conseil d'Etat qui doit maintenant attendre après l'élection pour statuer sur l'éligibilité de Bruguière.

 

La situation est cocasse parce que le juge Bruguière a mis en examen Philippe Brett, adjoint de M. Girard-Hautbout, pour "intelligence avec une puissance étrangère" lors de l'affaire autour des otages Chesnot et Malbrunot. C'est la preuve que l'ambiance est malsaine et pourrait se révéler particulièrement compliquée.

[mise à jour] Le juge Bruguière arrive en première position à l'issue du premier tour des élections législatives du dimanche 10 juin. S'il est élu au second tour, on peut logiquement s'attendre à une bataille juridique autour de son accession au siège de député. Le Conseil d'Etat a, en effet, annoncé qu'il lui fallait attendre le résultat du scrutin pour se prononcer. Si Bruguière l'emporte, ses adversaire ne manqueront pas de porter l'affaire devant les autorités judiciaires compétentes, l'objectif étant de faire annuler son élection. Si cela devait arriver, Philippe Brett a du souci à se faire...

30.03.2006

Le hasard Balthazard de la FDJ

Libération évoque la plainte qui sera déposée en fin de semaine par un joueur désabusé qui a enquêté sur le prétendu hasard des jeux de grattage. Voici le début de l'article et le lien pour lire la suite :

"Un joueur va déposer plainte, demain, au tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), pour escroquerie contre la Française des jeux. Il invite les 29 millions de joueurs à se constituer partie civile. Il leur suffira d'envoyer une simple lettre au juge d'instruction. Robert Riblet, 60 ans, affirme avoir découvert une faille dans le système des jeux de grattage Vegas, Banco, Black Jack, etc. Pour lui, le hasard tant vanté par la Française des jeux (FDJ) n'est pas systématique mais seulement «prépondérant». Ce qui changerait tout. "

http://www.liberation.fr/page.php?Article=371009

18.02.2006

Par dessus mon épaule

La suspension de Garfieldd de ses fonctions de chef d'établissement pour un an (dont six mois avec sursis) en lieu et place de sa révocation prononcée initialement n'est ni un soulagement ni une conclusion satisfaisante du débat. D'ailleurs, le débat continue sur les blogs. Le seul aspect qui m'intéresse encore est la responsabilité de l'auteur de blog et les implications dans sa vie professionnelle.

Lors d'une conférence le mois dernier sur la judiciarisation de ma profession, l'intervenant a évoqué l'absence monumentale de jurisprudence pour définir les contours juridiques des blogs. Le procès entre la mairie de Puteaux et le site Monputeaux.com va certainement, si les juges font leur travail, ouvrir le débat des responsabilités juridiques. Car on ne sait comment qualifier juridiquement le contenu des millions de blogs. La mairie de Puteaux attaque le site (ainsi que le journal Le Parisien) pour diffamation. Doit-on considérer le blog comme un média d'information ? Doit-on le pénaliser quand il n'a fait que répercuter un article publié officiellement dans un journal à tirage national ? Si j'insulte directement une personne publique ou privée, je suis coupable, si j'accuse sans preuves, je suis coupable, si je me fais l'écho d'un article de presse, d'une émission de télévision, suis-je coupable quand je n'ai pas les moyens de vérifier les sources du média initial ? S'il se pose une véritable question déontologique pour la profession journalistique, réclamer à chaque auteur de blog de vérifier ses sources n'est absolument pas envisageable. Une éventuelle condamnation du site Monputeaux signifiera alors qu'on ne peut reproduire librement des informations diffusées par d'autres médias sans risquer une attaque juridique.

Et là se pose la question des conséquences professionnelles. Quand on est fonctionnaire, une condamnation peut signifier une mise à pied voire une lourde sanction administrative pouvant aller jusqu'à la révocation. Ils sont donc moins libres que les autres de s'exprimer. Je reconnaîs volontiers qu'un droit de réserve certain doit s'appliquer, notamment en terme de moralité, mais leurs écrits, s'ils les engagent comme tous les citoyens dans leur responsabilité civile, ils ne doivent pas les engager dans leurs responsabilités professionnelles. Ou alors, c'est une forme pernitieuse de censure administrative. Si je suis employé de l'Administration Pénitentiaire ou des Impôts, ou de l'Education Nationale, je dois pouvoir exprimer ce que je pense de mon ministre, mon gouvernement, mon député, mon maire sans que cela remette en cause mon intégrité professionnelle. Garfieldd n'a rien fait d'illégal, d'immoral, de contraire à sa fonction. Quelqu'un a juste regardé par dessus son épaule et jugé que ses propos n'étaient pas convenables.

Il y a maintenant toujours quelqu'un qui regarde par dessus notre épaule. C'est vrai que c'est une sensation bizarre...

11.02.2006

Grosse connerie (1)

Entendue à la radio (comme par hasard !).

"Acheter, c'est voter, en quelque sorte, pour l'industriel ou le producteur du produit."

Doh ! 

10.02.2006

Les anti-démocrates

Cela fait des mois que je me dis ça de notre classe politique et, finalement, cette histoire de passage au 49-3 pour le Contrat Première Embauche me donne l'occasion de l'écrire :

Nos gouvernants sont des pleutres incompétents. La lâcheté et l'amateurisme les caractérisent quotidiennement à un degré qui n'en finit plus de m'affoler.

Ca va un peu mieux en le disant, mais c'est pas encore ça !

09.02.2006

Où est la gauche ?

Je navigue sur la blogosphère depuis un petit moment et une question traverse mon esprit : Où est la gauche ? Tous ces blogs, tous ces sites altermondialistes, d'expression sociale antilibérale, comment se fait-il qu'il y ait autant ? Je veux dire : la pensée de gauche est-elle maintenant réduite à s'exprimer sur le net ?

Je n'ai pas l'impression (avec toutes les marges d'erreur que cela implique) que les chantres de la droite soient aussi nombreux à utiliser le net pour s'exprimer. Il y a bien les blogs de soutien à Sarko, à Villepin, truc-muche et machin du gouvernement. Mais pas autant que de l'autre côté du miroir. Doit-on en conclure que les canaux officiels ne sont pas satisfaisants pour les gens de gauche ? Effectivement, je ne me sens pas satisfait par l'expression des représentants, des médias de gauche. Très honnêtement : il n'y a rien pour l'instant approchant de ce que j'attends. PS, ATTAC, Politis, LCR, rien de construit, rien de concret pour envisager l'avenir différemment. J'enrage.

Il y a bien des sites d'initiative citoyenne pour diffuser de la pensée libre. Mais quoi après ? Comment faire tourner le bateau avant l'iceberg ?

02.02.2006

Vide populaire de la pensée

Depuis plusieurs années, cette réflexion tourne dans ma tête comme un poisson dans son bocal : il y a une forme de vide intellectuel au sein de la population pour véritablement contrer la pensée officielle à propos des grands sujets de société.

Que ce soit l'économie, le chômage, les impôts, le coût de la vie, le projet sociétal de notre pays. Si vous cherchez dans votre esprit ce que vous en savez, il est probable que ce soit différent de ce que vous en pensez. Et pourtant, nous l'avons vu avec la campagne pour le "non" au référendum, il y a un véritable espace libre d'expression pour contourner l'autoroute intellectuelle bâtie par les "penseurs" actuels.

Le libéralisme a besoin de l'obscurité pour protéger son expansion. La doctrine qui conduit la globalisation de l'économie a de nombreuses faiblesses mais elles sont entourées de chappes de plomb, comme un réacteur nucléaire défaillant, par ses adeptes. La dette, la croissance, le temps de travail, la concurrence, la bourse, les délocalisations, les impôts sont des sujets dont nous ne parlons pas correctement entre nous. Nous laissons la voie officielle (qu'elle soit pour ou contre, d'ailleurs) faire le boulot de notre réflexion. Tous les jours, nous avalons de l'information prémâchée.

Je souffre vraiment d'être maintenu dans le noir par ceux qui devraient nous éclairer, nous guider. Je parle ici des hommes politiques pour qui l'illumination des citoyens est une grande menace, des médias d'information noyautés par des chancres du pouvoir en place, des écrivains, artistes et personnages publics qui, quand ils sont médiatisés, continuent la propagande, quand ils sont absents, laissent dire des absurdités.

Le savoir est maintenant un combat quand il devrait être un droit fondamental. Il faut exercer une forme de résistance intellectuelle pour ne pas participer au troupeau. S'il existe un véritable contre-courant de pensée, structuré, diffusé à grande échelle, fiable et non partisant, qu'on me le présente sur l'heure.

Il faut combler le vide de la pensée critique.

01.02.2006

Contrat Précarité Extrême

Ces jours-ci, à part la neige, on ne parle plus que du CPE, la nouvelle arme atomique contre le chômage français. Je vous épargne ici tout le blabla médiatique et tout le discours militant des deux bords. Ce matin, à la radio, j'entendais que le lobbying par internet (il paraît qu'on dit "eMilitantisme") battait son plein chez les sections des jeunes UMP et PS à grands coups de milliers d'euros pour remporter la bataille de l'opinion. Pitoyable. Débat clos sur cet aspect, donc.

La question qui m'interpelle dans la mise en place du Contrat Première Embauche - au même titre que son grand-frère le CNE - c'est la volonté clairement affichée de déréguler les conditions de travail. Le gouvernement (et les précédents dans une moindre mesure) prend le parti d'expliquer le chômage par une trop grande protection des employés. Le Code du Travail est présenté comme le frein suprême à l'embauche. C'est la vision révée par le syndicat des patrons qui, depuis des décennies, tente de faire modifier la protection des travailleurs.

L'analyse du gouvernement pose pourtant un certain nombre de problèmes, sinon de questions graves. Elle valide, tout d'abord, l'idée que le libéralisme souffre d'une protection trop rigide de la force de travail. C'est, à mes yeux, un aveu bien singulier. Cette doctrine qui a conquis le monde porte en elle un asservissement programmé de l'Humanité. Ce n'est pas une surprise, diront certains. Hélas, si l'industrialisation, en son temps, montrait pareille figure, le mouvement appelé "Mondialisation" (Globalisation, en anglais, c'est plus franc) attaque de front la question de la condition de la main d'oeuvre dans la société. On doit donc se préparer à une paupérisation de la population pour de nombreuses années.

Et cela m'amène à évoquer la coût social de cette politique. C'est Bourdieu, le premier dans les années 60-70, qui parla de cette idée. La construction de tours HLM résolvait, certes, la question de l'habitation à bas prix, mais a causé durant les trente années suivantes, des problèmes dont la facture sociale continue à grossir. Les "émeutes" dans les cités à l'automne dernier le montre bien. En dégradant les conditions de vie, on augmente le malaise, mal-être, donc la prise en charge sociétale de cet état. Plus d'anti-dépresseurs que partout ailleurs en Europe, beaucoup d'arrêts de travail, une croissance en berne, les indicateurs ne manquent pas. Néanmoins, l'analyse qui en est faite nie cet aspect de la crise.

La mise en place du Contrat Première Embauche et du Contrat Nouvelle Embauche ne résoudra probablement pas le problème du chômage, les patrons veulent une main d'oeuvre bon marché, pas plus flexible. Elle augmentera le niveau de précarité des jeunes, des moins jeunes, donc le malaise social. C'est un cercle vicieux dont le libéralisme ne peut se défaire. Pas de croissance, pas d'argent pour la protection sociale, pas de considération pour la force de travail. Jaurès, en son temps, le savait, Marx en parlait. Les riches ne savent pas faire fonctionner les machines.

25.01.2006

Les abeilles démocrates

Philippe Meirieu, le directeur de l'IUFM de Lyon, écrivait dans Frankestein pédagogue qu'on n'avait jamais vu une abeille démocrate. Cette phrase a toujours marqué mon esprit depuis que je l'ai lue un matin de 1999. Je préparais le concours de la fonction publique, en ce temps-là. Philippe ne savait probablement pas à quel point il avait raison ni jusqu'où cette image inspirée pouvait illustrer la modernité.

Vous savez que je lis Rousseau dans mes moments cyniques et je me demande tout le temps si Jean-Jacques se doutait quelle hallucination collective il avait ébauché dans son esprit d'illuminé en pensant au contrat social.

La démocratie, c'est une véritable antithèse des pulsions animales. C'est probablement, et jusqu'à nouvel ordre, le projet le plus insensé de la civilisation humaine. A ce point dément que chaque seconde, dans le monde, un homme démontre l'impossible défi que constitue cette vision du règne humain.

Quand on lit les penseurs grecs, on se demande même si ce n'est pas la plus grande billevesée de toute la création.

Toujours est-il qu'il n'y a pas, finalement, de pire ennemi de la démocratie que la bête politique elle-même. En y réfléchissant bien (je veux dire sans émotion) comment peux-t-on sérieusement envisager qu'un homme qui aspire à diriger ses concitoyens, à détenir du pouvoir dans ses petites mains, à prendre des décisions à la place de centaines de personnes, comment penser qu'il admette de lui-même remettre sa place en jeu, partager son influence, porter le flanc à l'opinion publique ?

Il faudrait des kilomètres de pages noircies pour décrire toutes les atteintes à la volonté du peuple que les hommes politiques commettent chaque année. Déni de consultation populaire, traficottage des conditions de vote, rétention d'informations, mensonges éhontés. Les moyens sont nombreux, qui plus est légaux. Sur le fil, certes, mais légaux tout de même.

L'abeille n'est pas une démocrate, elle n'en certainement pas malheureuse pour autant.

Nous ne sommes pas des abeilles, c'est là tout le problème. 

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